Quand tu ne seras plus là…(Sneiba Mohamed)

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5. Alors que tu es encore là, le changement (d’attitude) est déjà perceptible. Sur les réseaux sociaux, dans les salons et bureaux, un seul nom : Ghazouani ! Un nom pas si nouveau que ça. C’était l’autre toi-même, comme disent ceux qui connaissent bien votre parcours commun. L’avant et l’après 3 août 2005, mais surtout, l’épopée « Sidioca ».
L’homme que tu dis avoir choisi pour te succéder a été lancé le jour où tu décidas d’en faire ton ministre de la Défense. Une succession qui ressemble plutôt à une continuation.

Un enchaînement voulu par tes soutiens tiraillés entre le désir de durer, en tant qu’hommes du Système, et la nécessité de respecter la Constitution. Accepté par contrainte aussi. Mais oui, ceux qui ont appelé, jusqu’à la dernière minute, au déverrouillage des articles limitant les mandats présidentiels, ne se sont résolus à rentrer dans le rang que quand ils ont compris que le processus était irréversible. Et alors…On remet les compteurs à zéro.
Ton successeur est porté aux nues par ceux qui, hier, tenaient à toi comme aux prunelles de leurs yeux. Innocemment, ils ont trouvé la parade pour ne pas être en contradiction avec eux-mêmes, du moins en appartenance. « Nous respectons la volonté de notre Guide éclairé », « le bâtisseur de la Mauritanie nouvelle ». « Avec Ghazouani, la marche continue ». Ta volonté devient celle du Système. Mais tu sais très bien que c’est, à nouveau, un jeu de positionnement. Les plus fidèles de tes soutiens essaient d’établir un lien, évident certes, il faut le reconnaître, entre les « deux Mohamed », celui qui quitte le pouvoir et celui qui s’apprête à le conquérir.
Quand tu ne seras plus là, on parlera de toi sans retenue. Mais qu’entendrions-nous de plus que ce qui se dit aujourd’hui ? Un mélange sulfureux de commérages et de vérités que le trop de libertés, accordé par ton pouvoir, ternit à l’image d’une presse aux contours de plus en plus flous.
Oui, les gens parleront comme ils le font aujourd’hui. En bien et en mal. Déjà, nous avons un avant-goût de cette « guerre des mots » à l’Assemblée nationale. A propos de la gestion économique durant la « décennie des Lumières », comme aiment à le dire certaines « plumes au service de la Nation ». La preuve la plus éloquente de cette « bataille » des chiffres, ceux de la Banque centrale notamment, est livrée par le ministre de l’économie et des finances contre les députés de l’opposition. Un procès ouvert alors que tu n’es pas encore parti ? Le député Biram réclame des comptes et, franchement, c’est une première alerte.
Dans les prochains mois, tu dois seulement craindre que le Cercle de tes adversaires n’accueille de nouveaux contingents de ceux qui sentent le vent tourner. Même s’il ne s’agit que d’un passage de témoin. Et comme tu le sais très bien, il y a des signes qui ne trompent pas : A la veille de chaque élection, on néglige le présent pour s’occuper de l’avenir !
On entendra tout le long de ces mois qui nous séparent de la présidentielle de nouvelles symphonies, des hymnes au président qui arrive. De temps à autre, on reviendra vers toi. Des réminiscences qui s’estompent pour faire place à l’oubli, peut-être. Sans le dire ouvertement, ces responsables travaillent à aborder maintenant l’ultime transfert du Pouvoir d’un Président craint et respecté vers un autre qu’il faut très vite « cerné », enveloppé dans la coque d’un système sans visage, sans nom.
Ce que toi et ton successeur devraient éviter, dans la continuation du long processus qui s’engage, c’est le transfert du pouvoir d’un Exécutif, jusque-là indépendant, vers un parti-Etat où se retrouvent tous les antagonismes possibles et imaginables.

Sneiba Mohamed