Quand tu ne seras plus là (7)-Sneiba Mohamed

Quand tu ne seras plus là…
par Sneiba Mohamed

7. Quand tu ne seras plus là, on repensera le pouvoir autrement. L’assurance que tu avais était sans pareille. Tes voyages fondaient ta puissance. Ta maîtrise de la situation. Tu partais et revenais sans craindre ces « bouleversements » intra-pouvoir qui ont surpris plus d’un. Etait-ce l’assurance que tu avais en « le gardien du temple » que tu viens de choisir pour te succéder ? Peut-être bien. Donc, plus de coups d’Etat possibles ? L’armée est désormais une institution républicaine. Un choix ou une programmation.

Les chefs militaires, mis dans les conditions idoines qui les éloignent de ce péché originel de 1978, ne servent plus que l’Etat et la Nation. C’est l’expression d’un souhait pas l’affirmation d’une vérité. C’est le secret dans la nomination au grade de général de tous les colonels, ou presque, qui peuvent constituer un quelconque danger. Cette « généralisation » de l’armée a un coup financier énorme mais elle sert tout de même à adoucir les mœurs d’officiers qui, jusque-là, faisaient du « tout est permis » de Nietzsche une sorte de passe-droit, « tout-droit » vers le pouvoir. Aujourd’hui, leur rôle officieusement établi est de surveiller celui qui a pris le pouvoir – ou qui y a été porté – l’obligeant à maintenir les équilibres nécessaires, sans réussir, pour autant, à empêcher certaines dérives.
Nos craintes se trouvent donc ailleurs. Dans cette endurance du Système. Pas dans le maintien d’un président ou l’arrivée d’un autre.
Il peut sembler que la résurgence de la religio-politique de l’UPR n’a pas grand-chose à voir avec le PRDS de Maaouiya. Est-ce dû au fait que tu es un président d’une toute autre nature ? Ou bien, c’est de la reconstitution autour de toi, et maintenant de ton successeur désigné, de l’élite politique de « l’âge des Ténèbres » qui suscite nos peurs ? Recomposer une nouvelle majorité autour de transfuges de l’opposition et d’anciens du PRDS n’est-elle pas un rejet violent de « l’assainissement » de la scène politique présente, assorti de la quête des certitudes absolues du passé ?
Tu te rendras compte, quand tu ne seras plus là, que ta volonté non accomplie de créer une nouvelle classe politique a été ton plus grand échec. Certes, tu as réussi à confiner les anciens ministres de Taya dans l’antichambre du pouvoir (ambassadeurs, députés, présidents de conseils d’administration, conseillers, etc.), mais sans parvenir toutefois à les empêcher de peser, lourdement, sur l’action politique de ces dix dernières années. L’échec du phénomène des « indépendants », lors de la transition militaire 2005-2007, était la preuve irréfutable que le pouvoir des tribus, et de l’élite qu’elles couvaient, fondait le pouvoir. A contrario, nous comprenons que ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est bel et bien à une attaque en règle pour recomposer l’Ancien Régime ! Une telle démarche, si elle réussissait, obscurcirait le ciel et les idées de l’après 03 août, qui avait contribué à nous introduire dans une ère de pré-démocratie.
Quand tu ne seras plus là, la vie reprendra son cours normal. La politique continuera à nourrir ses hommes. Ceux qui en font un « métier » et ceux qui, comme moi, se sont souvent contentés d’être de simples « ouvriers de la politique ». La marche que les partis de la Majorité ont organisée pour célébrer la victoire du candidat de l’UPR ressemble, à s’y méprendre, à celle que tu avais dirigée, il y a quelques mois, contre « la haine et le racisme ».
De Paris où tu te reposes avant de revenir en simple citoyen auréolé du titre d’ancien président, tu as certainement vu que les attitudes ont changé. Les hommes politiques que tu as lancés – ou relancés – après la débâcle du PRDS, en 2005, et de tous ses avatars (PRDR, Adil), n’ont pas mis beaucoup de temps à comprendre qu’il faut jouer serrer pour se faire une place dans le nouveau système. Tu parlais de continuité, eux entrevoient un commencement, un nouveau départ. Ton passé se confond avec leur présent.

Sneiba Mohamed