Rétrospective politique 2020 : L’année des scandales

5210024 56478214
5210024 56478214

Rétrospective politique 2020 : L’année des scandales.

Une année s’est écoulée et quelques heures nous séparent de l’année 2021. 2020 a été une année exceptionnelle pour la Tunisie à tous les niveaux, mais surtout sur le plan politique. Chamboulements, surprises et remue-ménage étaient les maitres mots d’une année mouvementée, mais aussi caractérisée par une instabilité politique malgré un contexte épidémique. Retour sur les évènements phares ayant marqué cette année 2020.

A la Kasbah : Trois gouvernements, un seul maintenu

L’année 2020 s’est annoncée très mouvementée dès les premiers jours. C’est dire qu’elle a démarré le 1er janvier avec l’annonce de la composition du gouvernement Habib Jamli, candidat du mouvement Ennahdha. Une composition très controversée, même par le mouvement l’ayant initialement proposé. D’ailleurs, résultat des courses, ce gouvernement avait échoué dans l’obtention de la confiance du Parlement. Une première dans les annales, aucun gouvernement n’avait déjà échoué de la sorte. Il faut dire que ceci est dû au vote du parti Qalb Tounes, ayant tablé sur un accord avec Tahya Tounes. Ainsi, la chute du gouvernement Jamli fût un échec cuisant pour le mouvement Ennahdha, et l’initiative a été renvoyée au président de la République pour charger la personnalité la plus apte à former le gouvernement.

Avec sa démarche peu commode, le président de la République a décidé d’entamer des consultations par écrit avec les partis politiques pour désigner un nouveau candidat pour former le gouvernement. A la surprise de tout le monde, Kaïs Saïed avait désigné Elyes Fakhfakh, candidat ayant eu le moins de soutien. Cependant son gouvernement, excluant Qalb Tounes, a pu passer au Parlement et avait obtenu la confiance des députés. Un vote imposé. Il faut dire que l’échec du passage du gouvernement Fakhfakh aurait conduit à la dissolution du Parlement. Formé dans la douleur, le gouvernement, avait réuni des partis incompatibles sur le plan idéologique. Voir Ennahdha et Echâab réunis autour de la même table, était tout sauf harmonieux. Les problèmes n’ont pas tardé à surgir. Les conflits entre les composantes de la coalition gouvernementale se sont installés et le mouvement Ennahdha avait insisté sur la participation de ses alliés, à savoir Qalb Tounes et Al Karama, dans le cadre d’un appel à un gouvernement d’union nationale. Une approche refusée catégoriquement par Elyes Fakhfakh.

Cet élan a été, donc, accompagné par l’éclatement d’un scandale et d’une suspicion de conflit d’intérêts impliquant Elyes Fakhfakh. Révélé par le député Yassine Ayari et appuyé par l’instance nationale de lutte contre la corruption, le scandale d’Elyes Fakhfakh a pris de grandes proportions. Il a donc décidé de présenter sa démission avant que la confiance ne lui soit retirée par les députés. Une manière permettant de passer le relais de nouveau au président de la République pour désigner un nouveau chef de gouvernement.

Kaïs Saïed n’a pas dérogé à la règle qu’il s’est fixée et a relancé des tractations écrites pour désigner un nouveau chef de gouvernement. Encore une fois, Kaïs Saïed surprend tout le monde en désignant le ministre de l’Intérieur, Hichem Mechichi. Enarque et indépendant, il n’avait aucun soutien politique et parlementaire. Mais ceci n’a pas trop duré, puisqu’il s’est rapidement fait un appui politique composé par Ennahdha, qalb Tounes et Al Karama après les conflits avec le président de la République qui s’est montré très invasif lors du processus de la formation du gouvernement.

Ainsi, Hichem Mechichi a réussi à former son gouvernement, avec la bénédiction d’Ennahdha et de ses deux alliés.

Le gouvernement Mechichi a connu un démarrage difficile. C’est dire que le contexte sanitaire lié à l’épidémie du Covid-19 ne lui a pas facilité la tâche, outre la conjoncture sociale très tendue. La conclusion de l’accord avec les sit-inneurs d’El Kamour lui a valu les foudres de l’opinion publique. Essayant de se rattraper en limogeant le ministre de l’Environnement impliqué dans l’affaire de corruption liée aux déchets italiens, Hichem Mechichi s’est retrouvé au cœur des critiques à la suite de la déclaration à propos des immigrés lors de sa dernière visite officielle en France. Une visite chaotique et complètement ratée.

Il est clair que le gouvernement Mechichi est plus fragilisé que jamais, notamment, à la suite de l’arrestation de Nabil Karoui, un des principaux soutiens du gouvernement et l’impératif d’opérer un remaniement ministériel dans les plus brefs délais tenant compte des vacances à la tête de deux départements ministériels.

A Carthage : Un président solitaire au discours alarmiste et peu fédérateur

Du côté de Carthage, l’année a démarré en fanfare. Kaïs Saïed avait décider de décliner l’invitation de l’Allemagne pour assister à la conférence de Berlin autour de la Libye. Un refus justifié par l’invitation tardive. Il a effectué sa première visite officielle en Algérie durant le mois de février, mais il ne s’est pas rendu à la Conférence des chefs d’État de l’Union africaine à Addis-Abeba à cause d’une angine l’ayant cloué au lit. Toujours, sur le plan diplomatique, le chef de l’Etat a réitéré la position impartiale dans le dossier libyen bien qu’il ait multiplié les contacts avec Fayez Al Sarraj. Durant la fin du mois de juin, il a effectué sa première visite officielle en France où il a rencontré le président français Emmanuel Macron. Cela dit, Kaïs Saïed a effectué deux visite passées sous silence au Sultanat d’Oman et au Koweit, pour présenter ses condoléances.

Face au contexte épidémique et au début de la première vague, Kaïs Saïed a jugé utile de décréter le couvre-feu avant que le gouvernement n’ait pris de mesures préventives, outre son appel à assister les dons en nature par l’armée. Il a, également, prôné une approche internationale pour lutter contre le Covid-19. Or, le chef de l’Etat s’est distingué par son manque de respect des gestes barrière, ne donnant pas l’exemple aux citoyens qui le prennent pour modèle. Il a, également, donné ses ordres pour installer des hôpitaux de terrain et des laboratoires dans plusieurs régions en Tunisie.

Au-delà de ses principales prérogatives concernant les affaires étrangères et la sécurité nationale, Kaïs Saïed a marqué sa présence sur la scène politique à travers ses multiples discours, alarmiste loin d’être fédérateurs. C’est dire qu’il s’est inscrit dans un long conflit avec le mouvement Ennahdha, et plus particulièrement, son président Rached Ghannouchi. Une approche n’ayant fait qu’alimenter les divergences et les tiraillements sur la scène nationale.

Au final, il a accepté de chapeauté l’initiative lancée par l’UGTT pour entamer un dialogue national, ayant pour objectif de résoudre la crise socio-économique dans le pays. Après avoir tergiversé duant des semaines, le locataire de Carthage a fini par accepter cette initiative en essayant d’y mettre sa touche afin qu’elle se rapproche le plus de sa vision et des slogans qu’il a tant scandé, en rapport notamment, après la trajectoire et les objectifs de la révolution et la participation des jeunes à ce processus.

Au Bardo : Un cirque qui s’éternise et une bipolarisation idéologique

Parallèlement au processus gouvernemental, le chef du mouvement islamiste, Rached Ghannouchi n’a pas chômé. Il a poursuivi ses activités, notamment, diplomatiques. Sa visite rendu au président turc Erdogan avait suscité une vive polémique. Il avait intervenu dans le dossier libyen à travers ses contacts avec certaines parties du conflit proche du gouvernement Al Sarraj. Le comportement de Rached Ghannouchi n’est pas passé inaperçu face à la garde installée par le parti du PDL de Abir Moussi. Ce conflit s’est soldé par une plénière houleuse consacrée à l’audition de Rached Ghannouchi. Une première dans l’histoire du parlement tunisien.

La gestion de Rached Ghannouchi des Affaires parlementaires a suscité encore la polémique. Elle s’est soldée par une motion de censure à son encontre signée par 73 députés. Or, cette motion n’est pas passé à cause de la rétraction de certains députés, notamment, ceux de Qalb Tounes. La session parlementaire s’achève avec le maintien de Rached Ghannouchi à la tête de l’assemblée.

Dans le contexte épidémique, le Parlement a approuvé l’activation de l’article 70 permettant au chef du gouvernement de gouverner par décret, afin de faciliter la gestion de la crise et la prise des mesures urgentes, sur le plan économique et social.

On notera toutefois, qu’après de multiples tergiversations le Parlement a voté pour la LFC 2020 et LF2021.

Toute à l’année a été marqué par des clashs et altercations allant même aux agressions entre les députés, d’Al Karama, d’Ennahdha, du PDL et du bloc démocrate. Une ambiance malsaine, qui s’est envenimé à la suite des propos dégradant de Mohamed Affes, envers des femmes. Une polémique qui s’est terminée par l’agression physique des députés Attayar. Un sit-in a été organisé par le bloc démocrate, et qui se poursuit encore, revendiquant la condamnation de la violence. Dans ce contexte, plusieurs forces civiles ont manifesté devant l’assemblée le 18 décembre 2020 appelant à la dissolution du Parlement.

Sarra HLAOUI

businessnews