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Coronavirus : « L’hydroxychloroquine sera comparée comme les autres molécules. Ni plus ni moins »


Quatre questions d’internautes… au docteur Gilles Pialoux, infectiologue et chef du service de maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon, à Paris, sur l’hydroxychloroquine.

Publié hier à 13h30, mis à jour hier à 16h12

Ce dérivé de la chloroquine, une molécule antipaludéenne, est au cœur des débats depuis qu’un infectiologue, Didier Raoult, a affirmé qu’elle est efficace contre le coronavirus. Le Dr Gilles Pialoux, infectiologue et chef du service de maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon, à Paris, a répondu à vos questions sur l’hydroxychloroquine.

Pierre_Dog : Quel est le risque d’essayer le traitement à la chloroquine à grande échelle ? Le protocole d’essai est-il adapté à cette situation exceptionnelle ?

La recherche devrait déterminer les meilleurs critères d’évaluations et tenir pleinement compte de la faisabilité d’expériences, telles que la taille de l’échantillon. Ce qui n’a pas été le cas dans la petite étude de Marseille. Quatre essais au moins ont débuté avec l’hydroxychloroquine.

Rappelons que le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a recommandé de ne pas utiliser l’hydroxychloroquine, « à l’exception de formes graves hospitalières, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance médicale stricte » !

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Vivien : Dans l’essai Discovery, pourquoi l’hydroxychloroquine n’est-elle pas associée à l’azythromicine, alors que c’est cette combinaison qui a l’air de produire les meilleurs résultats, selon le Dr Raoult ?

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Discovery est un essai européen coordonné par l’Institut national de la santé et la recherche médicale (Inserm) qui a démarré le 22 mars. Huit cents patients français atteints de formes sévères du Covid-19 seront inclus dans cet essai (3 200 en Europe). Plus d’une vingtaine d’hôpitaux français devraient y participer.

Cette recherche est un essai « randomisé » (tirage au sort) qui prévoit cinq modalités de traitement, appelées bras mélangeant l’approche antiviral et l’approche immunologique :

  • soins standard ;
  • soins standard plus Remdesivir (un antiviral dévéloppé contre Ebola, non commercialisé) ;
  • soins standard plus Lopinavir et Ritonavir (une molécule anti-VIH ancienne) ;
  • soins standard plus Lopinavir, Ritonavir et interféron bêta (un médicament utilisé pour lutter contre l’inflammation pulmonaire) ;
  • soins standard plus hydroxycholoroquine.

L’hydroxychloroquine sera comparée comme les autres molécules. Ni plus ni moins. Cet essai de recherche se fait en temps réel et est évolutif. Il possède un comité scientifique et un comité indépendant. Les investigateurs vont être réactifs aux poussées épidémiques et faire évoluer la recherche au fur et à mesure pour sélectionner les meilleures molécules le plus rapidement possible. En présence de trop peu d’efficacité, ils arrêteront un bras pour basculer vers d’autres molécules candidates.

Nono : L’étude Discovery a démarré. Quand peut-on espérer des résultats qui aboutiraient à la mise en place d’éventuels traitements pour la population ? Quel est votre perception actuelle sur l’efficacité des quatre traitements actuellement testés ?

A la date du 25 mars, sur le site du NIH, il existe plus de cent trente essais dans le monde en cours ou en préparation, dont Discovery, essai européen avec huit cents patients en France. Dont aussi sept avec l’hydroxychloroquine en Norvège, aux Etats-Unis, en France et en Chine. Et cela concerne le traitement des formes sévères de pneumonie dues au Covid-19 jusqu’à la prophylaxie postexposition chez une personne en contact étroit avec un malade, des soignants notamment.

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Loisach21 : Pouvez-vous nous expliquer quels sont les biais et faiblesses constatées dans les études menées par le Dr Raoult ? Si je comprends bien, il s’est basé sur des études chinoises, que nous disent-elles ?

Les principales critiques de l’étude publiée dans une revue – dont le rédacteur en chef est aussi signataire de l’étude –, au-delà de la communication, sont les suivantes telles qu’argumentées par le Pr Dominique Costagliola, membre de l’Académie des sciences :

  • Sur les vingt-six patients traités, on nous explique que six patients ont été perdus de vue – dont trois pour passage en réanimation à J2, J3 et J4 –, un pour décès à J2, un qui est sortie de l’hôpital (décision du patient) à J3 et un arrêt de traitement pour événement indésirable (nausée) à J3. Ces six patients sont exclus de l’analyse et leurs caractéristiques ne sont pas décrites, ce qui est contraire aux règles élémentaires de ce type d’étude. Une analyse rigoureuse aurait dû considérer ces cas comme des échecs. C’est par exemple ainsi qu’on analyse les essais dans le domaine du VIH ou le critère primaire est aussi un taux de charge virale en dessous du seuil de détection, toute donnée manquante, quelle que soit la cause étant analysée comme un échec ;
  • Il n’y a aucune donnée clinique hors décès et passages en réanimation ;
  • L’article ne porte que sur trente-six personnes dont vingt des vingt-six inclus dans l’essai (sur un nombre attendu de vingt-cinq selon le registre des essais européens) et seules ces personnes sont décrites ;
  • Les résultats portant sur l’ajout d’azitrhomycine, essentiellement sur des patients avec pneumonie (quatre des six recevant ce traitement), sont encore plus difficiles à interpréter, d’autant que peu de personnes non traitées sont atteintes d’une pneumonie et qu’aucune n’a reçu d’azitrhomycine ;
  • L’analyse semble avoir été conduite en vue de favoriser le bras « traité ».


le Monde