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La belle et brillante réponse du journaliste- écrivain Harouna Rachid Ly au professeur Ely Bakar Sneïba.

Réponse à Monsieur Ely Bakar Sneiba,

Je suis tombé des nues quand j’ai lu l’article de Mr Ely Bakar Sneiba paru dans cridem au lien : http://cridem.org/C_Info.php?article=725509
Je suis tombé des nues car Mr Ely Bakar Sneiba n’est pas n’importe qui pour écrire n’importe quoi.
Mr Sneiba, je n’aurais pas répondu à votre article si vous étiez un simple quidam ; si je le fais c’est parce que je pensais que votre culture générale, votre connaissance de la Mauritanie et l’amour – je suppose – que vous avez pour ce pays vous empêcheraient d’écrire un article fait de bric et de broc, de préjugés, de parti-pris et d’étalage de lieux communs.
Vous fustigez les Toucouleurs et les prenez pour des baudets portant la lourde charge de calamités tombées sur la Mauritanie ; pire, vous les prenez pour responsables des malheurs des « Naar » au Sénégal. C’est là un discours éculé des chauvins qui ont assez plongé la Mauritanie dans la moise ; mais Allah Sait que moi Rachid Ly, je n’aurais jamais pensé que vous, Mr Sneiba, buviez de cette eau-là. Mr Sneiba, le parallèle douteux que vous faites entre la situation des « Naars » au Sénégal et celle des « Toucouleurs » (je ne suis pas un « Toucouleur », je suis un Peul – vous pouvez aussi m’appeler «Halpulaar », terme usité dans nos contrées) est spécieux, peu objectif, tendancieux… Pour votre gouverne, les « Toucouleurs » de la rive mauritanienne sont Mauritaniens ; ils n’acceptent pas et n’accepteront jamais d’ailleurs d’être tenus pour responsables de la situation d’autres communautés d’autres pays. Et laissez-moi vous dire une chose : le fait que Ndar (Saint-Louis) ait été la capitale de la Mauritanie renvoie à une époque assez honteuse (la colonisation) que ça me fait toujours honte de m’y référer ou de voir un Mauritanien s’y référer.
Quant à Dr Kane Hamidou Baba (que je félicite au passage pour son esprit républicain et pour le score qu’il a réalisé malgré toutes les adversités), il est libre d’accorder toutes les interviews qu’il veut à une télévision bolivienne, soudanaise ou kouzounouzienne… Mais bon, tout le monde a compris que ce qui vous fait pousser des urticaires c’est le fait, justement, que la 2STV soit une télévision sénégalaise et qu’elle appartienne à El Hadj Ndiaye, qui est toucouleur (ethnie qui, apparemment, vous donne – vous et des gens comme vous – des insomnies). Il est certain que vous – ou des gens comme vous – n’auriez pas fait tout ce boucan et tout ce brouhaha si l’interview du Dr Kane, objet de la dispute, avait été faite dans une télé gondwanaise !
Mon cher Sneiba, les Toucouleurs de Mauritanie sont comme les « Naars » (je préfère le terme « SafalBe » pluriel de «Thiapaato», nous sommes entre nous, n’est-ce pas ?) : il y en a qui sont bons, très bons ; mais, hélas, il y en a aussi qui sont plus mauvais que les adorateurs de « Houbal ». Méfiez-vous donc de cette généralisation qui, je me plais de vous le rappeler, a été à l’origine de bien de malheurs ici (ici, ce n’est pas là-bas ; ici c’est la Mauritanie).
Aussi, vous pouvez épiloguer jusqu’à l’infini sur les causes, les conséquences, les retombées, les envolées, les raccourcis des évènements de 1989, il y aura toujours à boire et à manger. Et vous me faites sourire, Mr Sneiba, en sortant votre scoop que les initiateurs du putsch manqué (de 1987, je le précise) comptaient des officiers toucouleurs dont les villages des parents se trouvaient du côté de l’autre rive du fleuve (Sénégal, pour ne pas le mal nommer). S’il vous plaît, ayez le courage de dire clairement les choses, sans sous-entendus ni formules alambiquées ; dites simplement que ces officiers toucouleurs étaient des sénégalais ; ou bien ? Mr Sneiba, je ne veux pas faire de raccourci mais je dirais simplement que le Fouta, qui s’étendait de l’embouchure Ouest du Fleuve, couvrait les provinces (Diiwaan) du Dima(r)t (Ouest), Toro-Halaybe, Laaw, HebbiyaaBe-YirlaaBe, Booseya, Nguenaar et Damnga (Sud-Est), sur les deux rives du Fleuve, n’a pas encore fini de faire des victimes de la géographie…
Ceci étant, il serait bénéfique pour la Mauritanie que l’on coupe d’avec certaines analyses à deux sous et des conclusions à l’emporte-pièce qui ne reposent sur rien de sérieux. Il serait bénéfique pour le pays que les porcs-épics et les « bouteilles de gaz » arrêtent de pousser à la haine, à la division, au ressentiment, prenant pour prétexte un vote qu’ils jugent «ethnique » ou « communautaire » alors qu’il serait plus adéquat et honnête de voir dans ce vote un simple cri de désespoir, un appel au secours, une alerte pour que ceux qui gouverneront demain la Mauritanie sachent que rien ne doit plus être comme avant…
En tout cas, à entendre certains, on ne peut s’empêcher de se souvenir que c’est à la fin des foires qu’on compte les bouses.
Cultivons la paix et la concorde. Vivons bien, vivons ensemble.

Rachid LY