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Mauritanie. Terrorisme: voici pourquoi le pays est épargné par les attaques depuis 2011

Mauritanie : En dépit de la recrudescence des violences au Sahel, la Mauritanie reste hors du cercle de feu des terroristes et ce, depuis plusieurs années. Une situation qui s’explique par plusieurs facteurs. Les voici.

Au moment où la recrudescence des attaques jihadistes fait de plus en plus de victimes, malgré la présence de nombreuses forces étrangères dans la région, le cas mauritanien se distingue et mérite d’être étudié.

Alors que le Mali, le Burkina Faso, le Niger et, dans une moindre mesure, le Tchad, subissent de multiples attaques de groupuscules terroristes présents au Sahel et plus généralement en Afrique de l’Ouest, la Mauritanie fait en effet exception.

Seul ce pays se caractérise par un calme total, dans la comptabilité macabre des attaques jihadistes depuis décembre 2011, après les attaques des années 2005, 2007 et 2008, marquées par des combats impliquant l’armée, des attentats sanglants et des prises d’otages, surtout d’occidentaux.

Cette accalmie, longue d’une bonne dizaine d’années, est considérée, de l’avis d’un analyste politique, comme « l’un des rares points positifs » des deux mandats très décriés de l’ancien président Mohamed ould Abdel Aziz, à la tête de l’Etat mauritanien de 2008 à 2019.

Ce succès est ainsi attribué à « une réorganisation et une réadaptation de l’outil militaire, face à un ennemi invisible, dans le cadre d’une guerre asymétrique », même si dans le passé, des allégations, démenties par les autorités, ont soutenu l’existence « d’un pacte réciproque de non agression entre Nouakchott et les jihadistes sahéliens ».

Evoquant cette absence d’attaques terroristes depuis une dizaine d’années, malgré une dégradation constante de la sécurité au Sahel, un colonel récemment admis à faire valoir ses droits à la retraite, ayant requis l’anonymat, pointe du doigt la différence entre « les armées mauritaniennes d’un côté, et celles de trois pays du G5 Sahel, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, sous le feu constant des groupuscules terroristes. Ici, nos militaires évoluent sur un terrain favorable, avec des populations qui acceptent la légitimité de l’Etat, et coopèrent avec l’armée dans l’incontournable domaine du renseignement. Il s’agit d’une différence fondamentale, au-delà de tous les autres paramètres ».

En outre, la Mauritanie a beaucoup investi dans l’équipement en avions de son armée, ce qui a permis de mieux surveiller le territoire. L’armée mauritanienne dispose en outre de nouvelles armes, adaptés à la géographie de la région.

Dans les régions difficiles d’accès aux véhicules, des unités méharistes, soit des unités montées à dos de dromadaires, quadrillent le terrain.

Ensuite, le pays a mis à profit sa coopération avec la France, en dotant son armée, au cours de ces dernières années, de Groupements Spéciaux d’Intervention (GSI). Il s’agit d' »unités très mobiles chargées de combattre les incursions terroristes ».

Celles-ci ont été créées suite à l’embuscade de Tourine (au nord de la Mauritanie, dans région de Zouerate), qui a provoqué la mort d’une quinzaine de militaires à la fin de l’année 2008.

Ces unités, légères et mobiles, composées d’environ 200 éléments, sont dotées d’un armement adapté et disposent de leur propre logistique, et, selon ce colonel à la retraite, « effectuent des missions de contrôle et de reconnaissance ».

Grâce à la mobilité de celles-ci et aux renseignements recueillis auprès de la population locale, l’armée arrive à quadriller le terrain, notamment les zones qui pourraient servir de point de passage aux terroristes.

Convaincu que les attaques terroristes au Sahel vont se poursuivre, malgré les résolutions prises lors du sommet de Pau, dans le sud-ouest de la France, qui a réuni le 13 janvier dernier, le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, et les 5 dirigeants des pays du G5 Sahel, Moussa ould Hamed, Consultant au Centre Stratégique pour la Sécurité au Sahel (4S), déplore « l’absence d’Etat dans les régions théâtres des attaques au Mali et au Burkina Faso. Une défaillance dont profitent les groupes terroristes armés, qui gagnent ainsi la sympathie des communautés au niveau local ».

Pour cet analyste, qui a aussi été l’ancien directeur de l’Agence Mauritanienne d’Information (AMI -organe pro-gouvernemental), « nos militaires apportent une assistance aux populations dans différents domaines. Ici, les unités méharistes, montées à dos de dromadaires, connaissent les couloirs susceptibles de servir de passage aux groupes armés ».

Cheikh Sidya

Le 360.ma