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Mauritanie/Coronavirus : la riposte de Ghazouani

AFRIMAG – A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Face au défi mondial du Coronavirus (Covid 19), chaque pays organise la riposte, en fonction de sa situation et de ses moyens. La Mauritanie vient d’annoncer, par la voix de son président, ce qui ressemble bien à un Plan d’urgence pour faire face à la crise dont la durée et l’ampleur constituent les principales inconnues.

Après avoir ordonné la mise en œuvre d’une série de mesures barrières destinées à contenir le fléau (fermeture des frontières, couvre-feu, confinement des personnes susceptibles d’avoir été contaminées lors d’un séjour à l’étranger, etc.), le président Ghazouani a annoncé, ce mercredi 25 mars, la création d’un fonds doté de 25 milliards MRO (65,05 millions d’euros) pour faire face au coronavirus. Le fonds de solidarité qui peut aussi recevoir les donations de particuliers (institutions, entreprises privées, individus, etc.) est destiné à alléger l’impact de la crise économique provoquée par le Covid 19 sur les mauritaniens les plus pauvres.

Parmi ses allocations les plus remarquables figurent l’acquisition de l’ensemble des besoins du pays en médicaments et équipements médicaux indispensables pour la lutte contre la maladie et l’octroi d’une aide financière mensuelle à près de 30.000 familles, essentiellement à Nouakchott, dont celles entretenues par des femmes, des personnes âgées ou handicapées.

Autre mesures annoncées par le président Ghazouani, la détaxation, pour le reste de l’année, de toutes les produits de première nécessité, tels le blé, les huiles, le lait en poudre, les fruits et légumes.

L’Etat prendra par ailleurs en charge pour deux mois les factures d’eau et d’électricité des familles pauvres et pour la même période toutes les taxes municipales à la charge des travailleurs des petits métiers. La même mesure profite également aux opérateurs du secteur de la pêche artisanale.

Un style Ghazouani de plus en plus convaincant

Sur les réseaux sociaux, des blogueurs louent Allah d’avoir évité au pays l’arrivée, en même temps, de deux « fléaux », la gouvernance d’Aziz et le Covid 19 ! On imagine alors le pire des scénarios si le coronavirus avait frappé avant la présidentielle d’août 2019 !

L’attitude du président Ghazouani face à la crise conforte un style de gouvernance nouveau. Derrière l’effacement feint se cache une volonté ferme d’agir dans le sens voulu par les mauritaniens. La crise politique entretenue par Aziz tout le long de ses deux mandats est devenue un mauvais souvenir, à croire que l’opposition n’existe plus. Les chefs des partis de l’opposition, les dirigeants syndicalistes récalcitrants, hier frappés « d’infamie » sont aujourd’hui reçus au Palais présidentiel ou contactés par téléphone par un président de la République qui joue à fond la carte de la pacification politique.

Concernant l’unité nationale, la demande de partis politiques ou d’organisations de défense des droits de l’homme comme la Coalition Vivre Ensemble-Vérité et Réconciliation (CVE/VR), l’Initiative pour la Résurgence d’un mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA) ou son aile politique (le parti RAG non reconnu), le Fonadh, etc. requiert certes une approche plus consensuelle, mais l’on reconnait au nouveau pouvoir d’éviter tout ce qui peut exacerber les tensions.

A la télévision de Mauritanie, on accorde plus de place aux langues nationales. A l’Assemblée nationale, la tentative de mise à l’écart du français, pour l’instant seule « voie » (voix) de communication entre les différentes communautés nationales, a été mise en échec, sans doute parce que le pouvoir a pris la mesure du danger qui entoure cette querelle de clocher. Pour couper court à cette fâcherie provoquée, le président Ghazouani n’hésite pas, selon les circonstances, à parler la langue (arabe ou français) qui s’adresse le mieux à son auditoire.

Ces actes de décrispation politique constituant une rupture quasi-totale avec l’ère Aziz se sont poursuivis avec le retour en Mauritanie, après une décennie d’exil, de l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou et d’autres opposants dont le seul tort est d’avoir osé dire « non » à l’ancien maître de Nouakchott.

Sneiba Mohamed