La Constitution rédigée sur mesure devrait, sauf improbable coup de théâtre, assurer au général Prayut Chan-O-Cha de rester au poste de premier ministre après le vote du Parlement.

Rien de mieux que fixer soi-même les règles du jeu lorsqu’on veut en garder le contrôle. Alors que le Parlement doit désigner mercredi le premier ministre, les militaires thaïlandais, au pouvoir depuis leur coup d’État de 2014, sont assurés de garder la main sur l’exécutif, malgré leur nombre inférieur de députés. Cela grâce aux subtiles règles instaurées par la Constitution qu’ils ont imposée.

Le parti de la junte, le Palang Prachara, a ainsi obtenu 116 sièges de députés lors des élections de mars dernier, contre 136 au principal parti d’opposition, le Pheu Thai. Mais les militaires bénéficient du soutien des 250 sénateurs, nommés par leurs soins. Si bien qu’ils n’ont besoin que d’une dizaine d’alliés supplémentaires pour arriver à la majorité de 376 voix au Parlement.

Un nouvel opposant

Après deux mois de tractations, le Parti démocrate et le Bhumjaithai, forts chacun d’une cinquantaine de députés, ainsi que quelques formations minoritaires, ont assuré qu’ils apporteraient leurs suffrages à la candidature du général Prayut Chan-O-Cha, qui devrait donc, sauf coup de théâtre, rester premier ministre. Des alliances qui n’ont pas satisfait tout le monde: Abhisit Vejjajiva, figure du Parti démocrate et ancien premier ministre, a démissionné de son poste de parlementaire, refusant d’apporter sa caution aux militaires.

La barre des 376 est inatteignable pour l’opposition, constituée de sept formations politiques: au total, elle ne parvient qu’à réunir que 245 voix. Les opposants sont menés par Thanathorn Juangroongruangkit, chef du Parti du nouvel avenir, jeune millionnaire avait créé la surprise aux élections, séduisant notamment les jeunes et décrochant 80 députés, représentant ainsi la troisième force politique du pays.

Thanathorn Juangroongruangkit se positionne depuis comme la principale figure de l’opposition. «La chose la plus importante, c’est de rétablir la démocratie en Thaïlande… Et d’empêcher Prayut de revenir comme premier ministre», a-t-il ainsi lancé. Ses députés se sont également faits remarquer lors de la première session du Parlement, faisant le signe des trois doigts, issu du film Hunger games , et devenu le symbole des opposants à la dictature.

http://www.lefigaro.fr/international/thailande-les-militaires-assures-de-garder-le-pouvoir-20190605