Qui sont les Français condamnés à mort en Irak pour appartenance à l’Etat islamique ?

Plus de la moitié des Français jugés en Irak pour leur appartenance au groupe Etat islamique ont déjà été condamnés à mort. Franceinfo revient sur le parcours de ces jihadistes.

L\’entrée du tribunal de Bagdad (Irak), le 4 mars 2019. L’entrée du tribunal de Bagdad (Irak), le 4 mars 2019.  (THAIER AL-SUDANI / REUTERS)

franceinfo

France Télévisions

La justice irakienne a opté pour la peine capitale. Sept des onze Français transférés de Syrie en Irak ont été condamnés à mort, entre le dimanche 26 et le mercredi 29 mai, pour avoir rejoint le groupe Etat islamique. La loi irakienne prévoit la peine de mort pour quiconque a rejoint une organisation « terroriste », qu’il ait combattu ou non. Le Quai d’Orsay « multiplie les démarches » pour que ces Français échappent à la peine de mort, a assuré le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur France Inter. Franceinfo fait le point sur ces jihadistes français condamnés à mort.

Léonard Lopez

Né en 1986, dans le 11e arrondissement de Paris, Léonard Lopez fait partie de la catégorie des convertis à l’islam. Il a longtemps été employé dans une librairie islamiste de l’est parisien, indique L’Obs (article payant). Il s’est distingué, au début des années 2000, par son activité sur le site jihadiste francophone Ansar Al-Haqq. En juillet 2015, alors qu’il est sous contrôle judiciaire, il part à Mossoul (Irak) avec sa femme et ses deux enfants, âgés à l’époque d’1 et 5 ans, d’après L’Obs. Il rejoint ensuite la Syrie, selon les enquêteurs français.

Condamné en son absence en juillet 2018 à cinq ans de prison dans le dossier Ansar Al-Haqq, celui qui se faisait appeler Abou Ibrahim Al-Andaloussi au sein de l’Etat islamique est considéré comme un idéologue, un propagandiste. Mais il est surtout connu pour avoir cofondé l’association Sanabil, dissoute par le gouvernement français fin 2016 car elle contribuait, sous couvert d’aide aux détenus, à radicaliser des prisonniers. « Tous ceux qui ont été impliqués directement ou indirectement dans les attentats depuis janvier 2015 ont été en lien direct ou indirect avec Sanabil », assurait à l’époque un enquêteur.

Kévin Gonot

Né à Figeac (Lot), Kévin Gonot, 32 ans, a été arrêté en Syrie avec son demi-frère, sa mère et son épouse. Celle-ci est une nièce des frères Fabien et Jean-Michel Clain, qui ont revendiqué les attentats de novembre 2015 à Paris avant d’être tués récemment en Syrie. Kévin Gonot s’est converti à l’islam au début des années 2000, indique La Dépêche du midi. Chauffeur dans une société de nettoyage à Figeac, il a ensuite vécu pendant deux ans au Caire pour étudier l’arabe. Entré illégalement en Syrie, il a rejoint le Front Al-Nosra (une ancienne branche d’Al-Qaïda) avant de prêter allégeance au « calife » autoproclamé de l’Etat islamique, Abou Bakr Al-Baghdadi.

Selon la justice irakienne, celui qui se faisait appeler Abou Sofiane au sein de l’EI a reconnu avoir combattu en Syrie et en Irak. Lors de l’audience de dimanche toutefois, Kévin Gonot a indiqué avoir été blessé au ventre lors de la bataille de Kobané en Syrie en 2015. Il a ensuite été transféré à Mossoul, en Irak, pour y être hospitalisé après une blessure et non pour y combattre, affirme-t-il. A son procès, il a dit au juge « regretter » d’avoir rejoint le groupe terroriste. En France, il a déjà été condamné en son absence à neuf ans de prison, indique le Centre d’analyse du terrorisme (CAT).

Salim Machou

Salim Machou, 41 ans, a appartenu à la brigade Tariq ibn Ziyad, une des unités du groupe Etat islamique menée par un ancien légionnaire français, Abdelilah Himich. Cette « cellule de combattants européens, vivier d’auteurs d’attaques », a compté jusqu’à « trois cents membres », selon les autorités américaines. Salim Machou a hébergé à Raqqa Jonathan Geffroy, un Français capturé en Syrie et remis à la justice française, selon le CAT.

Mustapha Merzoughi

Mustapha Merzoughi, 37 ans, a servi dans l’armée française entre 2000 et 2010. Il a notamment été envoyé « en Afghanistan en 2009 », selon ses « aveux ». En France, celui qui se faisait appeler Abou Omrane Al-Faranssi au sein de l’Etat islamique a vécu à Toulouse, ville d’où venaient aussi les frères Clain. Ce Français d’origine tunisienne a expliqué avoir rejoint le mouvement jihadiste après des recherches via internet et les réseaux sociaux. Il est surtout connu par le renseignement français pour avoir recruté, sur internet, des candidates au jihad, affirme La Dépêche du midi.

Passé par la Belgique puis le Maroc, ce Français d’origine tunisienne a dit au juge, lors de son procès, avoir suivi « des formations obligatoires religieuses et militaires à Mossoul » avant de se voir remettre « une Kalachnikov et un salaire mensuel de 200 dollars ». « Je ne suis pas coupable de crimes et de meurtres, je suis coupable d’être parti là-bas », a-t-il dit, avant de demander pardon. Il a déclaré lors de ses interrogatoires avoir « prêté allégeance devant un chef de l’Etat islamique au visage masqué à Mossoul », mais, lors de son jugement, il a nié avoir prêté allégeance à Daech.

Brahim Nejara

Agé de 33 ans, Brahim Nejara a facilité l’envoi de jihadistes en Syrie, selon le Centre d’analyse du terrorisme. D’origine tunisienne, il se faisait appeler Abou Souleimane Al-Tounsi au sein de l’Etat islamique, indique Le Progrès. Il est également apparu dans une vidéo du groupe terroriste après les attentats de novembre 2015.

Originaire de Meyzieu, près de Lyon, d’où sont partis plusieurs jihadistes français, il a également incité un de ses frères à commettre un attentat en France, de même source. En Syrie, ajoute le CAT, il a fréquenté Foued Mohamed-Aggad, l’un des kamikazes du Bataclan. Reconnaissant avoir été pendant « un mois et demi » membre de la très redoutée police islamique de Daech, il a toutefois assuré au juge : « Je n’ai pas prêté allégeance à l’Etat islamique car quand je suis arrivé en Syrie, c’était le chaos. »

Karam El Harchaoui

D’origine marocaine, Karam El Harchaoui, 32 ans, est parti en Syrie en 2014 depuis la Belgique, selon La Libre Belgique. D’après le quotidien belge HLN, son jeune frère et leurs épouses belges étaient également membres de l’Etat islamique. Sur une photo diffusée par la justice irakienne après son arrestation, il apparaît en sweat à capuche, l’avant du crâne dégarni et barbe encadrant son visage.

Lors de son procès, Karam El Harchaoui s’est présenté crâne et barbe rasés. Il a expliqué avoir pris la route de la Syrie depuis Bruxelles où il était chômeur. En Syrie, il a épousé successivement deux ressortissantes belges. Visiblement très stressé à la barre, il s’est dit « innocent » : « Je ne suis pas entré en Irak et je n’ai participé à aucun combat ni en Syrie, ni en Irak. »

Yassine Sakkam

Agé de 29 ans, Yassine Sakkam a quitté la France fin 2014 pour aller combattre au sein du groupe Etat islamique. Il est visé par un mandat d’arrêt criminel français depuis 2016. Originaire de Lunel (Hérault), il a été l’un des derniers à quitter cette ville et a été arrêté en Syrie par les Kurdes. Il a mis en ligne des photos où il pose avec des armes et, selon le CAT, son frère Karim a commis un attentat-suicide à la frontière irako-jordanienne en 2015. « Je reconnais avoir fait allégeance. Je touchais un salaire de 70 dollars » par mois, a-t-il déclaré lors de l’audience, regrettant ses actes et demandant « pardon à l’Etat irakien et aux victimes ».

Cité ou apparu dans plusieurs entretiens avec la presse française, il est l’un des Français de l’Etat islamique les plus médiatisés. « La plupart des gens qui sont venus, sont venus avec une croyance, un idéal. Moi, je suis venu sans idéal. Je ne connaissais aucune sourate. Je suis venu chercher mon petit frère », déclarait-il en 2018 dans un reportage de France 2. Un journaliste du Point avait rappelé sur Twitter qu’il avait été menacé par le jihadiste au moment de l’écriture de son livre Le chaudron français (éd. Grasset) : « Contacté en septembre 2016 sur Facebook, (…) ce dernier nous avait menacé de nous égorger avec le sourire. »

https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/offensive-jihadiste-en-irak/qui-sont-les-francais-condamnes-a-mort-en-irak-pour-appartenance-a-l-etat-islamique_3465601.html